EXPOSITION PASSÉE

Arno Gisinger & Nathalie Raoux

KONSTELLATION

Walter Benjamin en exil (1933-1940)

Une vague brutale de froid s'est abattue sur l'Italie. Il nous faut souvent rester à la maison. Espérons que ce séjour contribue, cependant, au repos de Teddie et de sa femme ; devoir traverser l'Océan, leur peur commune, le trouble un peu. Pour ce qui nous importe à tous deux, ces journées sont assurément fécondes.

          Paris, 10 juin 1940. Un réfugié parmi des milliers d’autres, à l’heure de la débâcle, un réfugié pas tout à fait comme les autres, un réfugié au carré : Walter Benjamin.


          Un chapitre se ferme, celui de sept années d’exil en France. Un autre s’ouvre, dont nul ne sait encore de quoi il sera fait. Les premières pages, pour Benjamin, en seront écrites à Lourdes, où l’un des derniers trains à quitter la capitale l’a mené - avec pour tout bagage une petite mallette et un seul livre. Heureux "hasard" : "l’accueil est très bon", le pays "très beau", la sollicitude grande et sa situation aux confins de la menace allemande, somme toute, "privilégiée". Posté, tel une vigie, sur les hauteurs de la cité mariale, bientôt rejoint par Hannah Arendt et sa sœur Dora, toutes deux libérées du camp de Gurs, c’est là que Benjamin vivra la chute de Paris le 14 juin, la signature de l’Armistice le 22, la naissance de l’État français sous le bâton du Maréchal Pétain, le 10 juillet. L’histoire en ces mois de juin et de juillet 1940 a de si brusques "revirements" qu’elle vous tient "en haleine"…

 

          Bien vite, elle lui sautera à la gorge. D’amis bien informés Benjamin apprend que l’on "attend des mesures". Sauve qui peut général. On pourra compter sur les doigts d’une main ce qui en réchapperont prédit-il. Il voit loin, il voit tragiquement juste. Et Benjamin tente de se ménager une issue de secours. La Suisse ? La Havane ? Saint-Domingue ? Les États-Unis ? De toutes parts se dressent des murs de papier, plus infranchissables que jamais. « Puisse l’échappatoire devenir réalité ! ». Une porte s’entr’ouvre, sous la forme d’un visa pour les États-Unis. Quittant Lourdes pour Marseille, le 17 août 1940, Benjamin peut se croire sauvé. Mais la France s’est déjà refermée sur lui comme un piège. Acculé dans une situation sans issue, il se donnera la mort à Portbou, à la frontière franco-espagnole, le 26 septembre 1940.

 

          Berlin 1933 - Portbou 1940, en passant par Lourdes : une voie à sens unique ? Plutôt une ligne de fuite que nous vous proposons de parcourir en trente-six instantanés, trente-six arrêts sur images découpés dans les années d’exil de Walter Benjamin. Chaque étape est évoquée par une photographie, témoignage de l’état actuel de ces lieux et non-lieux de mémoires, légendée par une citation extraite de la correspondance du philosophe allemand. Konstellation Benjamin ? Constellation du passé et du présent, de la photographie et de la recherche historique, du texte et de l’image.

Cliquez sur les icônes pour faire passer les images

          Ce travail a été créé entre 2005 et 2009 comme une recherche collaborative in progress. Sa présentation en galerie adopte volontairement une forme éphémère : les 36 images numériques sont matérialisées sous forme de tirages jet d’encre collés directement sur les murs pour la durée de l’exposition. Leur format varie donc en fonction de l’espace. Dans sa version conçue pour l’espace Tempo Culture à Pau cette pellicule de 36 vues couvre 52 mètres linéaires, englobant l’espace comme une frise chronologique qui traverse le temps. Un espace lecture avec des sources visuelles et des livres de et sur Walter Benjamin sera mis à disposition des visiteurs.
          Konstellation Benjamin… Ou comment tenter de rendre justice, à la Benjamin, au penseur de la perte d’aura et de la politisation de l’esthétique en invitant à une nouvelle lecture d’un destin européen où l’histoire reste toujours ouverte aux possibles bifurcations.


          Arno Gisinger & Nathalie Raoux

PUBLICATION

Arno Gisinger / Nathalie Raoux, Konstellation. Walter Benjamin en exil, Transphotographic Press, Paris / Bucher Verlag, Vienne 2009. 120 pages, bilingue allemand - français.

Avec une postface de Georges Didi-Huberman.

En vente à la galerie.

BIOGRAPHIEs

ARNO GISINGER est artiste et enseignant-chercheur au département photographie de l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il développe depuis plusieurs années une pratique artistique singulière qui lie photographie et historiographie. Son travail met à l’épreuve la représentation visuelle du passé et interroge le statut des images photographiques. Il mène des recherches sur les questions liées à la représentation de l’histoire et la théorisation des pratiques contemporaines de la photographie.


NATHALIE RAOUX est chercheuse au Centre Georg Simmel (EHESS/CNRS). Historienne et philosophe, spécialiste de Walter Benjamin, elle a notamment collaboré à la publication de sa Correspondance complète et a consacré de nombreux articles aux années d’exil de Benjamin en France et en particulier à ses relations avec les milieux littéraires français. Elle travaille actuellement à une biographie centrée sur "la drôle de guerre" de Walter Benjamin (1939-1940).

Exposition réalisée en partenariat avec l'Institut Heinrich Mann.
  • Facebook Social Icon
  • Instagram Social Icon
  • YouTube Social  Icon

© 2018